Loading...
fr


cardinal PellJusqu’à quand ? Une nouvelle fois, les catholiques doivent assister, avec stupeur et résignation, au spectacle navrant du déballage sur la place publique de scandales de pédophilie de certains de ses clercs. Mais là, c’est la tête de l’Église qui est touchée, à Rome, avec la mise en cause du cardinal Pell, préfet du Secrétariat pour l’économie du Vatican, inculpé jeudi 29 juin en Australie pour abus sexuels. Certes, pour l’instant, le cardinal australien n’est pas encore jugé, donc présumé innocent, comme l’avait rappelé le pape François devant des journalistes en août dernier.

Désinvolture et amateurisme

Mais, avec ce nième épisode de ce mauvais feuilleton, on reste consterné par l’amateurisme, mêlé à la désinvolture, qui caractérise encore l’action des hommes d’Église devant les affaires de pédophilie. Comme si ces vingt dernières années, où l’Église n’a cessé d’être éclaboussée par tous ces scandales, n’avaient permis de tirer aucune leçon.
Ceux qui ont vu le terrible film Spotlight, se souviennent sans doute de la conclusion : la manière dont le cardinal Bernard Francis Law, ancien archevêque de Boston, et instigateur d’un système de couverture des prédateurs à dimension industrielle, avait été exfiltré des États-Unis pour le Vatican, nommé archiprêtre de la basilique Sainte-Marie-Majeur. Cette fois, le cardinal Pell ne se dérobe pas, et repart en Australie rendre des comptes à la justice de son pays. Mais combien de temps aura-t-il fallu pour qu’il le fasse, alors que voilà deux ans au moins que son nom est régulièrement cité dans les affaires de pédophilies australiennes, pour avoir protégé des prêtres coupables ? Et les plaintes dirigées contre lui, pour abus sexuel, étaient largement connues. Chacun, à Rome, savait que l’inculpation allait venir et que l’étau se resserrait.

Ne rien voir, ne rien faire

Mais chacun aussi ne voulait surtout pas voir. Une fois de plus, l’Église ne semble agir que sous le coup des accusations de la justice : aucune anticipation, aucune clarification en amont. Pas d’enquête interne, s’agissant pourtant de l’un des personnages les plus importants du pontificat. On sait bien, dans ce genre d’affaire, que la parole donnée ne suffit pas. C’est à 4 heures du matin, la nuit dernière, que les journalistes ont été avertis de la conférence de presse du cardinal Pell.

Culture du silence

Une communication montée dans l’urgence. Et l’improvisation. L’Église n’agit que parce que la justice agit. Et non l’inverse. De ce fait, elle se trouve contrainte à subir les accusations, obligée de se défendre, sans jamais réussir elle-même à faire en amont un travail d’introspection nécessaire, sur le phénomène, ses causes, ses responsabilités, ce qui lui permettrait d’éviter d’éventuelles manipulations médiatiques. Le pape avait pourtant nommé, au Vatican, une commission pontificale pour la protection des mineurs en 2014 pour lutter contre les abus sexuels. Mais ses recommandations ont bien du mal à aboutir. Et les deux représentants des victimes, l’Irlandaise Marie Collins et le Britannique Peter Saunders ont fini par en démissionner, dénonçant une lenteur, qui peut aussi s’interpréter comme de la mauvaise volonté. En parole, l’Église, à son plus haut niveau, depuis Benoît XVI, semble avoir pris la mesure de la gravité de ces actes. Mais dans les actes, c’est encore trop souvent la culture du silence et de l’impunité qui règne.

Pour aller plus loin

Isabelle de Gaulmyn

Thèmes associés

Le Mur

Aucun commentaire
Tu dois te connecter pour commenter

African FM

RFI Afrique

Radio Okapi