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En octobre 2017 démarrait dans la foulée de l’affaire Weinstein le mouvement #MeToo.

En France, dans les mois suivants, un nombre croissant de victimes de violences conjugales ont décidé de quitter leur domicile.

Pour autant, elles n’ont pas toujours trouvé un accompagnement digne de ce nom.

C’est la face cachée de #MeToo, le mouvement de libération sur les violences sexuelles et sexistes. Depuis octobre 2017, en France, le nombre de femmes à la rue augmente, constatent diverses associations de défense des droits des femmes.

Les structures d’hébergement d’urgence débordées

Certes, la situation est très variable d’un département à l’autre, mais globalement, dans les territoires ruraux et les quartiers difficiles, les structures d’hébergement d’urgence n’arrivent pas à faire face à l’afflux de victimes de violences conjugales qui ont décidé de fuir leur conjoint violent.

Ainsi, sur les huit premiers mois de 2018 en Seine-et-Marne, on constate une hausse de 30 % des demandes de mise en sécurité. Une tendance qui s’observe dans plusieurs autres départements, même si pour l’instant aucune statistique nationale n’est disponible.

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« Je ne peux que me réjouir que la parole se libère et que les femmes comprennent que ce qu’elles vivent est anormal et décident de partir, explique Mélanie Siehen, directrice générale de l’association Solidarité femmes Le relais 77.Je regrette néanmoins que les mesures d’accompagnement ne suivent pas. »

Une prise en charge plus complexe dans les zones rurales

Les départements ruraux sont particulièrement submergés. La mise à l’abri y est plus complexe qu’en ville, puisque les structures d’hébergement sont disséminées sur un large territoire et restent donc peu accessibles aux femmes. Ainsi à Saint-Gaudens (Haute-Garonne), l’association Femmes de papier tire aussi la sonnette d’alarme.

« La hausse de demande d’aide constatée depuis #MeToo n’est pas une surprise. Après chaque grosse affaire médiatique, le nombre d’appels augmente, constate sa présidente Laëtitia Mazoyer. Ce fut le cas notamment au moment de l’affaire Marie Trintignant. Mais à chaque fois, c’est pareil : les pouvoirs publics n’en tirent pas les leçons qui s’imposent  et ne nous donnent pas de moyens supplémentaires. Nous avons de plus en plus de femmes qui appellent et nous n’avons parfois aucune aide concrète à leur proposer. »

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Des délais très longs pour obtenir des logements

En Seine-et-Marne, les choses sont un peu plus simples puisque « l’État s’est impliqué et a signé une convention avec les associations de terrain afin que toute femme qui demande une mise en sécurité puisse se voir proposer un hébergement », reprend Mélanie Siehen. Seule difficulté, le parc hôtelier est saturé. « Nous avons du mal à trouver suffisamment de places et les conditions d’hygiène et de sécurité sont loin d’être toujours réunies. » Les hôtels proposés sont parfois très excentrés, des réseaux de prostitution y sont présents…

« Quand les femmes arrivent chez nous, la première chose qu’elles font c’est de dormir, tant elles sont épuisées », confirme de son côté Ourda Sadoudi, militante associative de Fontenay-sous-Bois. Sa ville située dans la banlieue parisienne est emblématique des « quartiers ».

« Il reste très compliqué pour une femme de quitter son mari violent », explique la dynamique jeune femme. En banlieue des grandes villes, les logements sont rares et chers. Les délais d’accès aux logements sociaux sont très longs. « Une femme qui décide de porter plainte prend le risque de devoir continuer à cohabiter avec son mari pendant quelques mois. C’est intenable. Si elle appelle le 115, on ne lui trouve pas forcément de lieu d’accueil. »

Un arsenal législatif inadapté

Pourtant, sur le papier, des solutions existent. La loi prévoit des ordonnances de protection, des mesures d’éloignement du mari violent, etc. Mais cet arsenal législatif serait largement inadapté, dénoncent encore les associations. Ainsi, les ordonnances de protection sont en pratique très rares. En Seine-et-Marne, par exemple, seules sept ont été accordées l’an dernier par le juge.

« Même quand une telle décision est prise, elle arrive souvent trop tard car il faut attendre que la plainte ait été transmise au Parquet, explique Mélanie Siehen. Ce qu’il faudrait, c’est une mise à l’abri immédiate, dès le dépôt de plainte. »

Quant à l’éloignement du conjoint, il n’aurait pas forcément l’effet escompté, poursuit-elle. « Certes le conjoint violent n’a plus le droit d’approcher sa famille, mais en pratique, très peu de femmes souhaitent rester dans le logement où elles ont souffert. De plus, elles y restent vulnérables car l’adresse est connue des proches du mari, de ses amis, sa famille. Celui-ci dispose donc encore de moyens de pression. »

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Les violences conjugales, un phénomène massif et meurtrier

Une femme sur dix est victime de violences conjugales en France et 123 d’entre elles sont décédées sous les coups de leur conjoint violent en 2017, soit une tous les trois jours.

Ces femmes sont aussi mères dans la plupart des cas. Ainsi, 143 000 enfants vivent dans un foyer où leur mère est victime de violences. Parmi eux, 42 % ont moins de 6 ans. Ils paient un lourd tribut aux violences conjugales : 36 d’entre eux ont été tués dans ce cadre en 2017, 96 sont devenus orphelins et 68 ont été témoins de ces violences.

Emmanuelle Lucas

Le Mur

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