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La campagne s’achève vendredi 12 octobre à Deggendorf comme dans l’ensemble de la Bavière, qui renouvellera le 14 octobre son parlement régional.

Malgré la bonne santé économique de cette région, une partie des électeurs pourrait se tourner vers le parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD), hostile à Angela Merkel et à sa politique migratoire.

Tous les matins sur la place du marché, entre la tour gothique de l’ancien hôtel de ville et la basilique Saint-Pierre et Saint-Paul, elle distribue les brochures bleues de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Aux élections législatives de 2017, Katrin Ebner-Steiner a obtenu, dans cette ville de l’est de la Bavière le meilleur score du parti d’extrême droite dans toute l’ex-Allemagne de l’Ouest : 19,2 % contre 40,6 % des voix à l’Union chrétienne sociale (CSU). L’AfD ne compte pourtant que 63 adhérents dans cette cité de 36 000 habitants.

Katrin Ebner-Steiner, figure montante de l’AfD lancée en politique en 2015

Son succès tient beaucoup à la personnalité de Katrin Ebner-Steiner, 40 ans, cheveux blonds et yeux bleus, en jeans, blazer et collier de perles. La figure montante de l’AfD dans le Land aime parler de la migration « catastrophe » de 2015, d’Angela Merkel, – « la chancelière qui détruit l’Allemagne et pactise avec l’islam » –, et de la CSU « qui a perdu le contact avec la population ». « Unser Geld für unsre Leut ! » (« Notre argent pour notre peuple »), « Die AfD hält was die CSU verspricht ! » (« l’AFD tient ce que la CSU promet »), proclament les affiches sur son stand, en face du magasin H&M.

Jusque-là experte-comptable à temps partiel pour le cabinet d’avocats de son mari, Katrin Ebner-Steiner s’est lancée dans la politique en mars 2015, après avoir lu L’Allemagne disparaît, le livre d’un ancien haut fonctionnaire social-démocrate Thilo Sarrazin, vendu à 1,5 million d’exemplaires.

« Avant la crise des réfugiés, dit-elle, les Allemands avaient une vie relativement agréable. Depuis, les musulmans ont apporté la polygamie, les mariages forcés et la criminalité. Bientôt, ils seront la majorité et nous ne reconnaîtrons plus notre pays ».

Un discours réactionnaire prononcé avec le ton rassurant d’une mère de famille

La tête de liste AfD dans le district n’est pas une grande oratrice, mais elle sait emballer le discours réactionnaire des « nationaux-conservateurs » avec le ton rassurant d’une mère de quatre enfants.

Surnommée dans la presse « la populiste en Dirndl », elle entend les gens qui se plaignent de la musique africaine, la nuit, dans le quartier de l’Ankerzentrum, le centre des demandeurs d’asile. Ou quand ils disent que leurs femmes et leurs filles n’osent plus sortir seules dans les rues. Ou quand ils râlent d’avoir à payer des impôts et les taxes, seulement pour « eux », les réfugiés, si peu visibles dans le paysage urbain.

La future chef du groupe AfD au Parlement bavarois réclame un couvre-feu pour les centres de réfugiés à partir de 21 heures, l’assouplissement de la législation sur les armes, la fermeture des frontières et des expulsions répétées.

À l’en croire, la Basse-Bavière serait sur le point d’introduire la charia. « L’AfD est la punition de Dieu pour la CSU » lâche, en dialecte, sous les applaudissements, cette catholique pratiquante. « Les prêtres et les évêques s’occupent plus de politique que de leur troupeau, soutient-elle. L’AfD est la seule formation à défendre les valeurs chrétiennes qui découlent des dix commandements. C’est comme ça que nous avons été élevés ».

Très présente sur les réseaux sociaux, la candidate remercie chaleureusement les internautes sur sa page Facebook pour les 17 000 J’aime qui lui donnent « du courage et de la force pour l’avenir ».

Économie prospère et très faible taux de criminalité

Tout va pourtant si bien à Deggendorf, cité fluviale au confluent de l’Isar et du Danube, avec ses cinq églises catholiques, ses deux églises protestantes et ses deux mosquées.

L’emploi ? Le district a un taux de chômage de 2,7 %, l’éco­no­mie prospère grâce aux PME et à la présence de BMW, avec environ 18 000 employés et 800 apprentis, sur son site de production géant à Dingolfing. La réputation d’excellence de l’Institut de technologie lui vaut d’accueillir plus de 6 000 étudiants. Le logement ? La ville a fourni plus de 1 100 appartements à ses habitants. La sécurité ? Selon la police, la criminalité n’a jamais été aussi faible depuis 15 ans. S’il est vrai que les non-Allemands (11,5 % de la population) sont responsables de 52 % des vols et de 33 % des blessures graves, les demandeurs d’asile hébergés dans le centre comptent peu dans ces infractions.

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La Bavière polarisée par la question des réfugiés

« Nous n’avons pas de grandes difficultés et c’est peut-être ça le problème, affirme Christian Moser, maire CSU de la ville depuis juin 2012. La question des réfugiés polarise notre société. Les gens ont peur de perdre quelque chose, même si cela ne correspond pas à la réalité. Certains retraités ont du mal à joindre les deux bouts, mais ce problème existerait aussi sans les réfugiés. Nous avons une liste d’attente d’environ 100 personnes pour les logements sociaux, mais quand un appartement se libère, les postulants ne le prennent que si c’est plus grand et moins cher. »

Près de la gare, le centre d’accueil des réfugiés, ouvert en janvier 2015 dans une ancienne caserne, reconverti en centre de transit à l’été 2017, est transformé en « centre d’ancrage » depuis le 1er août 2018. Désormais, les demandeurs d’asile y sont logés et nourris, censés y rester un maximum de deux ans, jusqu’à la fin de la procédure.

La plupart des 408 migrants venus d’Azerbaïdjan, du Sierre Leone, d’Érythrée et du Nigeria sont des « dublinés », arrivés par un autre pays européen. « Aucun de nous n’a reçu une réponse positive, affirme Balaqardash Sumgayit, un ingénieur azéri. Après trois refus, il faut quitter le pays sous peine d’être expulsé. »

Gloria, 24 ans, originaire du Nigeria, a passé deux ans à Paris à mendier dans le métro avant d’arriver fin août à Deggendorf où elle a accouché d’une petite fille. Dernier psychodrame dans ce huis clos aux allures carcérales, fin septembre, à la nuit tombée, un Nigérian de 19 ans menacé d’expulsion, s’est montré agressif envers le personnel, avant de sauter par-dessus la clôture, en possession, selon le service de sécurité, d’un « objet métallique ».

La police a déployé des patrouilles et un hélicoptère et l’a retrouvé, une heure après, dans une rue voisine, porteur d’aucun objet suspect. « Cette politique d’asile n’est qu’une façon de les casser, commente un membre de l’équipe de Caritas. La majorité d’entre eux n’ont pas accès au travail ou à la formation professionnelle ».

Retour au centre-ville, dans la ronde des BMW et l’ambiance feutrée du café Wiedemann où plane la peur diffuse de vivre les derniers jours d’un monde idyllique. « En faisant de la question de l’immigration et de la place de l’islam le thème central de sa campagne, l’AfD joue sur les aspects culturel et identitaire », analyse Michael Weigl, professeur de science politique à l’université de Passau. « Comme ailleurs en Europe, la société se divise en groupes d’intérêts spéciaux et contradictoires. La CSU a de plus en plus de mal à rassembler sous sa bannière cette nouvelle sociologie ».

François d’Alançon, envoyé spécial à Deggendorf

Le Mur

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