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Selon l’émission « Envoyé spécial » et le site Mediapart, le Paris Saint-Germain aurait intégré des critères sur l’origine ethnique des jeunes joueurs dans sa politique de recrutement.

Après la tourmente financière et fiscale liée aux révélations, il y a quelques jours, d’un arrangement entre le PSG et l’UEFA pour contourner les règles de fair-play financier, voici le club phare de football français empêtré dans une vilaine affaire de dérive éthique dans ses procédures de recrutement de jeunes joueurs. Selon Mediapartet l’émission « Envoyé spécial », qui s’appuient sur des documents issus des Football Leaks (informations découvertes par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel), le Paris SG a collecté des informations sur l’origine ethnique de jeunes joueurs.

« Trop d’Antillais et d’Africains à Paris »

Certains scouts du PSG, ces recruteurs délégués par les clubs dans les régions pour repérer les meilleurs espoirs dès l’âge de 12 ans, auraient rempli des fiches d’évaluation comprenant une section « origine » avec quatre possibilités : « Français », « Antillais », « Maghrébins » et« Afrique Noire ». En France, le fichage de personnes en fonction de critères raciaux, ethniques ou religieux est un délit, passible de cinq ans d’emprisonnement et 300 000 € d’amende.

Plus grave pour la défense du Paris SG, les documents de Football Leaks permettent d’affirmer qu’un joueur au moins, Yann Gboho, 13 ans à l’époque des faits en 2013, a été exclu d’un possible recrutement au Paris SG sur ce critère. « Il y a un problème sur l’orientation du club, il faut un équilibre sur la mixité, trop d’Antillais et d’Africains à Paris », aurait répondu le directeur du recrutement du club au scout ayant repéré le joueur, qui s’était étonné du retard du club à donner suite.

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Cette réponse, venue aux oreilles, de la direction des ressources humaines du club, avait provoqué une protestation du Comité d’entreprise et une convocation du directeur de recrutement par le directeur général Jean-Claude Blanc. Mais aucune sanction n’avait été prise. Mediapart affirme que le directeur sportif adjoint de l’époque au PSG, Olivier Létang, aurait « tenu des propos identiques lors de différentes réunions ». Olivier Létang a depuis quitté le club parisien pour Rennes, où il a embauché le directeur de recrutement incriminé. Lequel a intégré le jeune Yann Gboho, qui évolue aujourd’hui au sein du groupe professionnel breton.

Condamnations dans le monde politique et sportif

L’affaire a provoqué un fort émoi dans la sphère politique et sportive. Nathalie Boy de la Tour, la présidente de la Ligue française de football, en charge en particulier des dossiers éthiques du football professionnel a fait une déclaration. « Je n’arrive pas à y croire, dit-elle,je ne peux pas imaginer qu’on puisse passer à côté d’un talent pour une raison ethnique ou de couleur de peau. Une enquête interne est menée au Paris SG pour éclaircir cette histoire. » De fait, le club a réagi hier par la voie d’un communiqué. « Le Paris Saint Germain confirme que des formulaires avec des contenus illégaux ont été utilisés entre 2013 et 2018 par la cellule de recrutement du centre de formation, dédiée aux territoires hors Île-de-France. Ces formulaires ont été institués à la seule initiative personnelle du responsable de ce département. »

La direction générale ajoute qu’elle n’a jamais eu connaissance d’un système de fichage, ce qui semble pour le coup assez difficile à croire. D’autant que ces pratiques sont monnaie courante, de manière officieuse dans les clubs français. Cité par nos confrères de L’Équipe, l’ancien recruteur du club de Caen le reconnaît à demi-mot. « On n’avait pas de quotas mais on a toujours fait attention à avoir des effectifs mixtes, équilibrés. Mais sans jamais compter avec précision. Je pense que c’est le cas de nombreux clubs français, la richesse c’est la diversité. »

Un argument qui risque de ne pas convaincre la ministre des sports, Roxana Maracineanu, qui a réagi à la diffusion de la nouvelle par un communiqué cinglant. « L’État se réserve la possibilité de donner toutes suites utiles à cette affaire », écrit-elle. Après le scandale des quotas en équipe de France, l’autorité de tutelle du sport français ne pouvait laisser passer une telle affaire. En novembre 2010, la diffusion de l’enregistrement d’une réunion à la direction technique nationale, où avait été évoqué le nombre important de joueurs d’origine africaine dans les différentes sélections nationales, avait provoqué d’importants remous.

Jean-François Fournel

Le Mur

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