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Il y a dix ans exactement naissait le bitcoin. Durant cette décennie, les autorités de régulation ont observé le développement de cette innovation avec un mélange de curiosité et de crainte. Mais alors que Facebook annonce pour 2020 le lancement de la libra, une crypto-monnaie à vocation grand public, les banquiers centraux ont décidé de réagir.

Au titre de la présidence française du G7, le ministre de l’économie Bruno Le Maire vient de mettre en place un groupe de travail qui rassemble des représentants des banques centrales des sept pays les plus industrialisés, ainsi que du FMI. Il doit « analyser les différents défis soulevés par l’émergence » de ces nouveaux instruments de paiement, selon les termes de la lettre de mission adressée à Benoît Cœuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne.

Le bitcoin, une bulle ou une révolution ?

C’est lui, en effet, qui va se charger de coordonner ce travail. Il doit rendre ses premières conclusions mi-juillet, alors que les ministres de l’économie du G7 seront réunis à Chantilly. Benoît Cœuré doit présenter un rapport final en décembre.

Risques macroéconomiques pour les pays fragiles

Si la libra inquiète les banquiers centraux, c’est qu’elle pourrait faire sortir les crypto-monnaies de leur marginalité pour en faire un outil ayant une circulation massive dans le monde entier. Et de ce fait, elle pourrait avoir des effets macro-économiques, déstabilisant les économies fragiles. « Si cet actif est largement utilisé, cela pourrait affaiblir les mécanismes de transmission de la politique monétaire », relève un observateur averti.

La promesse de Facebook, c’est de créer une monnaie facile d’emploi, dont le cours serait stable et qui serait accessible moyennant un très faible taux de change. Le réseau social dit vouloir « offrir l’accès aux services financiers à de nombreuses personnes dans le monde pour lesquelles ils sont encore hors de portée ». Le site met en avant les femmes de pays en développement qui trouveraient ainsi un outil d’émancipation. Cependant, il ne faut pas s’y tromper : ce sont d’abord les jeunes actifs urbains des pays développés qui devraient adopter la libra.

Une monnaie ou un instrument de paiement ?

Et si cette monnaie s’installe largement, comment éviter qu’elle soit utilisée pour des transactions illégales ? Comment s’assurer qu’elle sera stable, toujours convertible et que les utilisateurs ne seront pas escroqués ? Et comment faire en sorte que cette monnaie ne se substitue pas massivement à celle qui a cours légal dans les pays dont l’économie est instable, mettant ces pays encore plus en difficulté ?

Telles sont quelques-unes des questions sur lesquelles ce groupe de travail va se pencher. Le but est d’arriver à des règles communes, pour éviter une réaction en ordre dispersé. Le premier problème est de définir la nature même de la libra : s’agit-il réellement d’une « monnaie » ou d’un simple « instrument de paiement » ? La fondation établie en Suisse pour gérer l’ensemble aura-t-elle un vrai pouvoir de création monétaire, ce qui en ferait une « banque centrale » ? Ou bien sera-t-elle seulement en charge de garantir la convertibilité, ce qui ferait d’elle plutôt un comptoir de change ?

Facebook compte apprendre en avançant

À ce stade, la réponse à ces questions est loin d’être claire. L’ensemble des informations sur le projet de Facebook sont contenues dans un « livre blanc », mis sur Internet par le réseau social le 18 juin dernier. Cette note d’une trentaine de pages détaille surtout l’ambition du projet. Mais elle se termine par ces mots : « Notre projet démarre à peine et, comme dans le cas de tout nouveau produit, nous rencontrerons probablement des problèmes imprévus. »

Une approche qui est classique pour les entreprises technologiques, qui ont l’habitude d’apprendre en avançant, mais qui n’est guère rassurante pour ceux qui pourraient convertir une part de leur argent en libra. Facebook, en effet, a montré à plusieurs reprises que ses « expérimentations » n’étaient pas toujours très maîtrisées.

Comment Facebook compte lancer sa monnaie privée

Présentant lundi 24 juin un rapport sur l’évaluation des risques financiers, Sylvie Goulard, vice-gouverneur de la Banque de France, a expliqué : « Pour l’instant, il s’agit de s’assurer que les réglementations existantes seront bien respectées, mais aussi de vérifier que l’euro n’est pas mis en péril ». À terme cependant, les banques centrales pourraient se trouver obligées d’adopter des règles spécifiques pour encadrer le développement des crypto-actifs.

Le Mur

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