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« La Russie est mon pays, Moscou est ma ville. C’est pourquoi, ce matin, je suis allé sur le site de la compagnie aérienne Pobeda [victoire, en russe], et j’ai acheté un billet. » Dans un texte accompagné d’une allocution vidéo diffusée mercredi 13 janvier, l’opposant russe Alexeï Navalny a annoncé pour le dimanche 17 janvier son retour à Moscou, cinq mois après son hospitalisation d’urgence à Berlin à la suite d’un empoisonnement attribué aux services de sécurité russes (FSB), et malgré la menace d’une incarcération.

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« La question de rentrer ou pas ne s’est jamais posée, écrit-il. La seule raison pour laquelle je me suis retrouvé en Allemagne, c’est parce qu’ils ont essayé de me tuer. » Victime d’un malaise le 20 août alors qu’il menait une campagne électorale en Sibérie, Alexeï Navalny a été évacué dans le coma vers l’hôpital de la Charité de Berlin, où il a passé plusieurs jours entre la vie et la mort.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu à un empoisonnement par un agent neurotoxique de type Novitchok, déjà employé dans la tentative d’assassinat de l’ancien agent double russe Sergueï Skripal en Grande-Bretagne en 2018. Une enquête fracassante publiée par le site Bellingcat à la mi-décembre confirme les soupçons en démontrant qu’Alexeï Navalny était suivi depuis 2017 par des agents du FSB spécialisés dans le maniement des armes chimiques.

Dans le viseur du FSB

La bête noire du Kremlin a beau affecter sa nonchalance habituelle, les risques d’un retour sont énormes. Depuis longtemps dans le viseur des autorités pour ses enquêtes contre la corruption, Alexeï Navalny est plus que jamais l’homme à abattre pour les tout-puissants services secrets russes, dont le président Vladimir Poutine est issu. Humiliation impardonnable, l’opposant a publié fin décembre l’enregistrement d’un appel téléphonique dans lequel il piège un membre du commando du FSB chargé de le suivre, et lui fait avouer l’empoisonnement.

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L’ire du Kremlin s’est traduite dans la foulée par l’ouverture d’une enquête pour « fraudes massives » contre l’activiste, et la promesse d’une incarcération pour non-respect de son contrôle judiciaire dans le cadre d’une ancienne condamnation. Alexeï Navalny dénonce des machinations visant à le maintenir en exil, mais sait fort bien qu’il s’expose à la prison à peine son avion aura-t-il atterri à Moscou. Il sait aussi que son retour pose un dilemme tout aussi dangereux aux autorités russes.

« On ne sait pas si le Kremlin va oser l’arrêter, la question ne fait pas consensus parmi les élites politiques russes, explique la politologue Tatiana Stanovaïa. Pour le FSB c’est devenu personnel, et les « hardliners » (partisans de la ligne dure, NDLR), en font une question de principe : ne pas paraître faibles. Mais d’autres craignent que son arrestation suscite des troubles et des manifestations. C’est Poutine qui décidera. Et personne ne peut prédire ce qui se passera si Navalny est arrêté. »

« Agents étrangers »

Les autorités et les médias publics n’ont de cesse de présenter Alexeï Navalny comme un provocateur stipendié par la CIA. À la télévision, les versions se multiplient pour expliquer son « malaise », qui ne fait l’objet d’aucune enquête officielle. Résultat, seuls 15 % des Russes croient que l’opposant aurait été empoisonné pour ses activités politiques, selon un sondage récent du centre Levada.

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Bien qu’il se soit indubitablement imposé au fil des ans comme l’opposant numéro un au Kremlin, la capacité de mobilisation de l’opposant reste le facteur X de la collision qui s’annonce. Et qu’il assume en concluant son message, sans que l’on sache s’il s’adresse à ses supporteurs ou à ses adversaires : « Venez à ma rencontre ».

Le Mur

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