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Progresser autrement

Janvier 23

Voir article complet www.la-croix.com


Le World Wildlife Fund (WWF) vient de publier un rapport sur l’état de la déforestation planétaire. En dix ans, plus de 40 millions d’hectares de forêts tropicales ont été détruits. En cause, nos activités de mouvement, de culture et d’extraction. J’emploie à dessein le mot mouvement. Trop longtemps, nous nous sommes pensés sur une voie unique de développement. Mais jusqu’où ? N’y a-t-il qu’une seule voie à notre progrès ? Mais, me dira-t-on, nous ne pouvons pas renoncer au mouvement. Celui de la vie, de la recherche, du désir.

Nous sommes devant la nécessité de penser une nouvelle conception de ce que signifie « progresser ». Ce qui exige une nouvelle pédagogie, individuelle et collective, qui fasse de l’orientation de nos mouvements, de nos avancées, la véritable question du progrès, à l’opposé de l’image réductrice d’un progrès indéfini et linéaire. Notre représentation du progrès est un préjugé infantile, dangereux et à terme suicidaire. Nous avons fini par intégrer la notion d’inéluctabilité pour autoriser notre dévorant besoin de mouvement. Mais ne savons-nous pas depuis toujours qu’il faut du repos pour que la course reprenne, que les systèmes et les corps ne s’emballent pas ? Notre péché, parce que c’en est un, c’est l’orientation maniaque, fixe et obsessionnelle, de notre développement.

Les étymologies hébraïques et grecques du mot péché renvoient d’ailleurs au défaut d’orientation, à l’erreur qui nous fait rater la cible visée, ou prendre le même mauvais chemin. Notre liberté en tant qu’êtres éthiques et politiques dépend de notre capacité à nous orienter, à adapter notre course au rythme harmonieux sans lequel notre poursuite devient une errance folle et destructrice. La crise du Covid vient nous le rappeler brutalement. Et la formidable réactivité humaine, scientifique qui nous permet aujourd’hui, en quelques mois seulement, de pouvoir compter sur des vaccins, est certes un exemple de cette inventivité du progrès mais cela ne peut suffire seul à nous sauver. On ne doit pas croire que notre activité se résume à la recherche de solutions. C’est un mirage. Une désorientation. La solution n’efface pas le problème. Nous savons qu’il y aura d’autres virus. Notre devoir d’êtres humains est d’apprendre à devenir responsables des problèmes que nous rencontrons et que nous nous posons à nous-mêmes.

Sortons de l’illusion de la solution unique. Apprenons l’humilité de reconnaître nos erreurs, à changer de direction, revenir en arrière s’il le faut un temps, nous apaiser, reprendre notre souffle et penser ensemble notre développement. C’est une blessure à guérir. Celle de notre vision égoïste du mouvement. Nous n’agissons pas avec les autres vivants. Nous préférons la démesure de bricoler seuls notre avancée. Mais l’espèce humaine n’est pas la seule espèce, n’est pas la seule vivante. À force de continuer comme si le train du progrès n’avait qu’une seule voie, nous finirons par régresser. L’espoir du nouveau ne doit pas se résumer à une course aveugle. Et tout progrès n’a pas forcément la vitalité du nouveau. C’est aussi la leçon de toute espérance : avoir la patience de faire mûrir le nouveau, être responsable de ce que l’on attend, de ce que l’on désire. À quelles lois obéissons-nous ? Que faisons-nous de ce que la loi, scientifique, économique ou autre, autorise ? Me reviennent ces mots célèbres de Paul : « Tout est permis, mais tout n’est pas utile ; tout est permis, mais tout n’édifie pas » (1 Co 10, 23). Que l’on peut retraduire pour l’occasion : tout a beau être légal (ou autorisé par une loi), tout n’est pas susceptible de réunir (sumphero, en grec, littéralement « qui rassemble »), de faire bien commun, tout ne sert pas à construire une maison commune (oikodemei en grec, littéralement construire une maison).

Le Mur

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