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L’Eglise catholique soutient des marins bloqués à Marseille

Marseille

De notre correspondante régionale

Les imposants navires ont des airs de géants assoupis. Alignés le long des quais du môle Léon-Gourret, dans le prolongement d’un terminal de croisières étrangement silencieux, certains de ces bâtiments n’ont pas bougé depuis la mi-mars 2020. Figés par les vagues successives de la pandémie, ces paquebots n’accueillent évidemment plus de croisiéristes ; ils ne sont pas vides de toute vie humaine pour autant.

Sur cette quinzaine de bateaux à quai, des centaines de membres d’équipage, chargés de faire « tourner » les paquebots d’ici à une reprise de l’activité, vivent un isolement particulièrement difficile. Comme durant le premier confinement, il ne leur est pas permis de descendre à terre.« Ils ne sont pas dans une prison mais dans une cage dorée », résume Marc Feuillebois, directeur de l’Association marseillaise d’accueil des marins (Amam), qui propose une aide humanitaire aux marins en escale et gère le foyer d’accueil Seamen’s Club.

Chaque semaine, il fait quelques courses – gourmandises, paquets de bouteilles d’eau, médicaments ou articles d’hygiène – qu’il vient déposer au pied de chacun des bateaux à destination des équipages. « Ce sont des gens d’ordinaire souriants et détendus, mais on sent parfois des tensions, reprend-il. Elles sont compréhensibles du fait de ce désœuvrement et des interrogations sur le temps que tout cela va encore durer… »

Cet impact psychologique, Jean-Philippe Rigaud l’a aussi cerné. Aumônier du port, diacre de la Mission de la mer (la présence de l’Église catholique au sein du monde maritime) et lui-même marin retraité, il œuvre pour offrir un accompagnement spirituel à ces hommes et femmes confinés « privés de toute pratique religieuse ». L’ancien capitaine de première classe détaille : « En décembre, nous avons été sollicités pour organiser des messes de Noël sur sept bateaux. Comme ils ne peuvent pas descendre, la seule solution a été de monter à bord. »

Avec son épouse Marie-Agnès, très active à ses côtés, le « marin-diacre », comme il aime se définir, a convaincu le diocèse marseillais. En s’entourant de toutes les précautions sanitaires et administratives nécessaires, l’archevêque de Marseille, Mgr Jean-Marc Aveline, et plusieurs prêtres ont réussi à proposer des offices en anglais à ces marins, notamment philippins, loin de chez eux et coupés de leur famille. « C’est un accompagnement dont nous avons la charge et le devoir. Dès que l’occasion s’est présentée, nous n’avons pas hésité, car c’est notre place », assure le vicaire général du diocèse, le père Xavier Manzano, qui garde de cette expérience un souvenir ému.

« Malheureusement, deux jours avant la messe, le paquebot Silver Moonnous annonce qu’il ne peut pas nous recevoir… C’est ainsi qu’a germé l’idée d’une retransmission télévisée depuis Notre-Dame-de-la-Garde », reprend Jean-Philippe Rigaud. La messe, retransmise le 26 décembre depuis la Bonne Mère, est un vrai succès. Le diacre sourit : « On s’est dit, si ça marche une fois, pourquoi ne pas continuer ? »

Désormais, chaque premier samedi du mois, les marins isolés (ou non) peuvent suivre cet office dispensé pour eux sur YouTube. « La messe du 6 février a totalisé 954 vues », se réjouit le diacre, qui rappelle qu’une connexion peut aussi bien être le fait d’un marin seul ou d’un équipage dans son entier.

Heureux de répondre « à un vrai besoin » qu’il a identifié chez ces marins confinés et de rompre un tant soit peu cet isolement forcé, le couple n’a qu’un regret : « C’est frustrant de ne pas savoir comment ces marins reçoivent ces messes… » Mais Jean-Philippe et Marie-Agnès Rigaud croient en des jours meilleurs. L’aumônier cherche désormais à organiser la venue régulière de prêtres sur les paquebots, « pour un accompagnement collectif ou personnel ». Afin que la vie reprenne peu à peu à bord des géants assoupis.

Le Mur

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