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Le palmarès de la 71e Berlinale, dévoilé le 5 février, est à l’image de cette édition si particulière : décevant et sans âme. Contraint par la pandémie à se tenir en ligne pour les professionnels et la presse, et à huis clos pour le jury, le premier grand festival de cinéma de l’année s’est achevé comme il avait commencé, avec un goût amer dans la bouche. Pas de projections en salles, pas de réalisateurs et de réalisatrices pour venir défendre leurs films, pas de bouche-à-oreille, flatteur ou dévastateur, ni de polémiques comme il en survient chaque année. Même l’attribution pour la première fois d’un prix d’interprétation « non genré » à une actrice allemande, Maren Eggert, pour I’m Your Man, gentillette comédie romantique entre une universitaire et un robot, n’a suscité qu’une indifférence polie.

Dans ce contexte, Bad Luck Banging or Loony Porn de Radu Jude ne pouvait que faire l’effet d’un électrochoc. Farce absurde et dérangeante, radicale dans le fond comme dans la forme, le film du cinéaste roumain de 43 ans s’est vu attribuer l’Ours d’or par un jury composé cette année uniquement de réalisateurs, les six derniers lauréats. Charge virulente contre l’hypocrisie sociale mais aussi contre un pays tout entier livré au consumérisme et à la corruption, le film met une professeure d’histoire aux prises avec son entourage après la divulgation sur Internet d’une vidéo de ses ébats sexuels avec son mari. Radu Jude ne nous fait grâce de rien, ni de ces images dérangeantes, ni de digressions politiques sur le passé dictatorial de son pays pas toujours très subtiles. Le tout a beau être enrobé des atours d’une satire, il n’en flirte pas moins avec le mauvais goût.

En décernant le prix du meilleur réalisateur au Hongrois Dénes Nagy pour Natural Light, un film sur la Seconde Guerre mondiale à la beauté formelle un peu vide, et celui de la meilleure direction artistique au film mexicain Una película de policías, produit par Netflix, qui fait sauter les conventions de genre entre fiction et documentaire, le jury a clairement privilégié l’innovation formelle au contenu.

Seul l’Ours d’argent, sorte de grand prix du jury, décerné au Japonais Ryusuke Hamaguchi pour Wheel of Fortune and Fantaisy, trois histoires de femmes amoureuses et d’occasions manquées, vient récompenser un formidable portraitiste des sentiments. Ce jeune réalisateur prometteur, déjà sélectionné à Cannes en 2019 avec Asako I & II, s’inscrit davantage dans la veine rohmérienne d’un Hong Sang-soo, lui aussi au palmarès avec son dernier film Introduction, Ours d’argent du meilleur scénario.

Ce parti pris formel est sans doute ce qui a desservi les deux très beaux films français en compétition, Albatros de Xavier Beauvois et Petite Maman de Céline Sciamma, dont l’épure esthétique sert dans les deux cas un propos plein de sensibilité et d’humanité, qu’il s’agisse des relations mères-filles ou de la crise existentielle d’un homme faisant écho à celle de tout un pays. Qu’est-ce qui fait une nation ?, c’est justement le propos de la Française Alice Diop, dans son documentaire tout simplement intitulé Nous, prix du meilleur film de la section Encounters. Une série de portraits pointillistes d’habitants installés le long de la ligne du RER B, qui forme une passionnante interrogation sur notre capacité à créer encore du collectif.

Le Mur

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